The Signifier : un thriller horrifique qui défie la logique temporelle et spatiale ?

the signifier
Temps de lecture : 7 minutes

The Signifier Director’s Cut

  • Date de sortie initiale : 15 oct. 2020
  • Développeur : Playmestudio
  • Éditeur : Raw Fury
  • Plates-formes : PC Windows, Mac OS (en développement : à paraître prochainement sur Xbox One et PlayStation 4)
  • Catégorie : jeu vidéo indépendant, aventure, horreur psychologie expérimentale

Si la plupart des jeux vidéos horrifiques ont une communauté solide et jouissent d’une bonne publicité, certains titres au contraire restent davantage dans l’ombre, et c’est le cas de The Signifier. Les avis des joueurs sont d’ailleurs plutôt mitigés, bien que la plupart s’accordent à dire qu’il présente tout de même des qualités. Pourtant ce jeu narratif à forte composante psychologique, mélangeant différents genres, semble regrouper tous les ingrédients nécessaires pour plaire à un public averti… et pas seulement. The Signifier vaut-il vraiment le détour ? La réponse dans ce test.

The Signifier : Suicide ou meurtre ? À vous de mener l’enquête

Le contexte de départ est le suivant. Le joueur incarne, Frederick Russell, chercheur en intelligence artificielle et créateur du Dreamwalker, une machine permettant de visiter la mémoire des individus dont les souvenirs ont été préalablement scannés. Sa mission est la suivante : enquêter sur la mort de Johanna Kast, la vice présidente de la corporation GO-AT, une multinationale dont les recherches sur l’IA sont très controversées.

Son mandataire ? La BPT – un espèce d’organisme étatique chargé de réguler l’utilisation des nouvelles technologies. Une chose est certaine, dans un contexte politique où les travaux sur l’intelligence artificielle sont l’objet de querelles profondes entre les grands groupes et l’État, la tâche de Frederick Russell ne sera pas mince !

The Signifier scène de crime

Aucune trace d’effraction, la victime est décédée dans son lit. Sur la table de chevet, un flacon de somnifères.

À première vue, les circonstances du décès de Johanna Kast sont claires. Tout pousse à croire qu’il s’agit d’un suicide. La forte dose d’alcool ingérée avant sa mort, le flacon de pilules sur la table de chevet, une humeur dépressive depuis des semaines comme se concordent à dire tous les membres de son entourage…

Qui plus est les caméras de surveillance de son immeuble sont formelles : personne n’est entré dans son appartement les heures précédant le décès. Néanmoins le doute reste permis : aucune trace de son ordinateur portable et une longue liste d’ennemis due à son activité professionnelle pour le moins suspecte.

Si les différents travaux sur les IA ont leur lot de détracteurs et sont loin de faire l’unanimité, il semble évident que quelqu’un de mal intentionné aurait pu vouloir assassiner la vice présidente de la GO-AT.

Que s’est-il vraiment passé ce soir-là ? Le Dreamwalker, saura-t-il rétablir la vérité sur son passé et sur les causes de sa mort ? Ça, c’est à vous de décider !

Un aperçu des locaux de la GO-AT.

Un gameplay simple et efficace

Si le gameplay de The Signifier n’a pas de quoi casser trois pattes à un canard, il reste néanmoins assez fourni pour offrir une expérience de jeu un peu plus profonde que celle que l’on peut retrouver dans un simulateur de marche comme Ghost of The Shore ou The Park.

Tout au long de l’aventure, vous serez amené à explorer différentes bribes de souvenirs.

Le joueur évolue sur trois plans : la réalité qui permet de fouiller des lieux, d’interagir avec des personnages secondaires et de faire des choix, les souvenirs objectifs qui sont une retranscription plus ou moins fidèle de la mémoire de la victime et les souvenirs subjectifs offrant une vision davantage basée sur les sens et les sentiments.

The signifier

Un souvenir objectif déformé par les affres du temps.

Dans chacun des épisodes mémoriels de Johanna que vous allez visiter, il faudra récolter 4 indices contenus dans le décor en alternant entre les deux « mondes » et résoudre les différentes énigmes pour tenter de lever le voile sur son passé et sur les véritables circonstances de sa mort.

Un souvenir d’école…

Pour ce faire, vous avez le choix : utiliser un avatar, jouer avec la distorsion temporelle ou utiliser des données brutes – des bribes de souvenirs matérialisés le plus souvent sous forme d’objets à replacer dans le bon contexte ou plan, comme un puzzle en somme !

La plupart du temps trouver les différentes infos est assez intuitif et à tout moment vous avez la possibilité de demander des astuces à Evee, une intelligence artificielle assez précieuse pour guider le joueur durant l’aventure.

The Signifier : une véritable claque artistique

Vous l’aurez compris, si ce titre de Playmestudio ne se distingue pas forcément par son gameplay – bien que celui-ci soit tout de même original –, sa force réside principalement dans sa capacité à entretenir un climat dérangeant tout au long des quelques heures de jeu, ce qui n’est pas sans rappeler Sanitarium, lui aussi plutôt pesant dans son genre.

Rêve ou cauchemar ?

Des sons déformés, des voix étouffées, des souvenirs déstructurés et pas toujours matérialisés fidèlement par l’IA, un décor souvent glauque – visiter un club BDSM, il y a quand même des expériences plus ragoûtantes –, et surtout une trame de fond trouble laissant suspecter un passé lourd à porter pour la défunte Johanna, il y a de quoi perturber mêmes les joueurs habitués des jeux d’horreur.

Et que peut bien symboliser cette cuillère géante que l’on retrouve quasiment dans chacun de ses souvenirs ?

Une cuillère géante matérialisée dans l’état objectif, serait-ce une faille de l’intelligence artificielle ?

Mais ce n’est pas tout. Des leitmotivs avec une symbolique assez perturbante, il y en a un paquet dans The Signifier. Un visage avec un masque qui vous suit un peu partout, une mère qui se transforme en maîtresse d’école et vice versa, un chien qui semble n’avoir en réalité jamais existé voire quelques scènes qui suggèrent des abus sexuels de la part du père… Bref, assez déstabilisant tout ça !

Qui plus est, difficile de démêler le vrai du faux dans ces conditions, surtout sachant que le contenu du plan subjectif est parfois plus “réaliste” que les souvenirs objectifs et que chaque strate n’a pas nécessairement son équivalent, ce qui pousse le joueur à faire sa propre interprétation et à en tirer ses propres déductions.

Un tableau avec ce qui semble être Johanna quand elle était enfant, un masque sur le lit, et une autre personne : le père ?

Compte tenu de tout ceci, il semble évident que certains joueurs puissent se sentir frustrés ou avoir l’impression de passer à côté de l’essence de The Signifier.

Quand bien même vous prenez la peine de tout fouiller de fond en comble chaque souvenir, chaque propriété et de parler à chaque PNJ, ne vous attendez pas à avoir des explications limpides sur le pourquoi du comment.

En effet, quels que soient les choix que vous ferez tout au long de l’aventure – réplique de dialogue, allégeance à telle ou telle faction, visite de lieux, etc. –, The Signifier gardera sa part de mystère et vous dévoilera une non-fin avec une liste interminable de questions en suspens.

Néanmoins, c’est grâce à ce pari risqué, mais réussi que Playmestudio signe un titre unique et à bien des égards une pépite du genre qui ne ferme d’ailleurs pas la porte à la rejouabilité.

Vous ne regarderez plus jamais votre cuisine de la même façon après avoir joué à The Signifier.


Les +

  • Un univers particulièrement pesant, parfois malsain, et ce, du début jusqu’à la fin.
  • Des décisions à prendre par le joueur influençant le dénouement de l’intrigue.
  • Un titre offrant une relative liberté, grâce aux différents embranchements de dialogue.
  • Un gameplay simple, mais atypique alternant entre la réalité, l’état objectif et l’état subjectif.
  • Une direction artistique inspirée et inspirante autour de la psychologie ainsi que de l’intelligence artificielle et des problématiques qu’elle cause.
  • Beaucoup de documentation sur les IA sous forme de coupures de presse, magazines, vidéos.
  • Une bonne rejouabilité et une durée de vie correcte.
  • Une version en langue française disponible

Les –

  • Un titre potentiellement élitiste et qui ne plaira pas au commun des mortels.
  • Des dialogues qui auraient pu être un peu plus nourris.
  • Une fin un peu rapide.

Note globale de The Signifier Director’s Cut

Peu de jeux vidéo savent laisser des souvenirs impérissables, qui plus est avec une durée de vie relativement courte. Cependant, The Signifier prouve avec brio qu’il y a toujours des exceptions à la règle et dénote par son aura emplie de mystère, par ses non-dits, et surtout par la qualité de son ambiance pesante. En bref, un thriller psychologique inspiré et inspirant, dépassant parfois les limites de la bienséance, mais qui ne laissera pas sur leur faim les joueurs désireux de goûter à une expérience vidéoludique o combien transcendante.


5 1 vote
Évaluation de l'article
Résume
Date de la critique
Objet critiqué
The Signifier Director's Cut
Note de l'auteur
51star1star1star1star1star
Nom du jeu
The Signifier Director's Cut
Nom du jeu
Mac Os
Software Category
Jeu vidéo horreur

Laisser un commentaire

0 Commentaires
Commentaires en ligne
Afficher tous les commentaires
%d blogueurs aiment cette page :