The Signifier : un thriller horrifique qui défie la logique temporelle et spatiale ?

the signifier
Temps de lec­ture : 7 min­utes

Dernière mise à jour le 6 sep­tem­bre 2022 par Femel­leAl­pha

The Signifier Director’s Cut

  • Date de sor­tie ini­tiale : 15 oct. 2020
  • Développeur : Playmes­tu­dio
  • Édi­teur : Raw Fury
  • Plates-formes : PC Win­dows, Mac OS (en développe­ment : à paraître prochaine­ment sur Xbox One et PlaySta­tion 4)
  • Caté­gorie : jeu vidéo indépen­dant, aven­ture, hor­reur psy­cholo­gie expérimentale

Si la plu­part des jeux vidéos hor­ri­fiques ont une com­mu­nauté solide et jouis­sent d’une bonne pub­lic­ité, cer­tains titres au con­traire restent davan­tage dans l’ombre, et c’est le cas de The Sig­ni­fi­er. Les avis des joueurs sont d’ailleurs plutôt mit­igés, bien que la plu­part s’accordent à dire qu’il présente tout de même des qual­ités. Pour­tant ce jeu nar­ratif à forte com­posante psy­chologique, mélangeant dif­férents gen­res, sem­ble regrouper tous les ingré­di­ents néces­saires pour plaire à un pub­lic aver­ti… et pas seule­ment. The Sig­ni­fi­er vaut-il vrai­ment le détour ? La réponse dans ce test.

The Signifier : Suicide ou meurtre ? À vous de mener l’enquête

Le con­texte de départ est le suiv­ant. Le joueur incar­ne, Fred­er­ick Rus­sell, chercheur en intel­li­gence arti­fi­cielle et créa­teur du Dreamwalk­er, une machine per­me­t­tant de vis­iter la mémoire des indi­vidus dont les sou­venirs ont été préal­able­ment scan­nés. Sa mis­sion est la suiv­ante : enquêter sur la mort de Johan­na Kast, la vice prési­dente de la cor­po­ra­tion GO-AT, une multi­na­tionale dont les recherch­es sur l’IA sont très controversées.

Son man­dataire ? La BPT – un espèce d’organisme éta­tique chargé de réguler l’utilisation des nou­velles tech­nolo­gies. Une chose est cer­taine, dans un con­texte poli­tique où les travaux sur l’intelligence arti­fi­cielle sont l’objet de querelles pro­fondes entre les grands groupes et l’État, la tâche de Fred­er­ick Rus­sell ne sera pas mince !

The Signifier scène de crime

Aucune trace d’effraction, la vic­time est décédée dans son lit. Sur la table de chevet, un fla­con de somnifères.

À pre­mière vue, les cir­con­stances du décès de Johan­na Kast sont claires. Tout pousse à croire qu’il s’agit d’un sui­cide. La forte dose d’alcool ingérée avant sa mort, le fla­con de pilules sur la table de chevet, une humeur dépres­sive depuis des semaines comme se con­cor­dent à dire tous les mem­bres de son entourage…

Qui plus est les caméras de sur­veil­lance de son immeu­ble sont formelles : per­son­ne n’est entré dans son apparte­ment les heures précé­dant le décès. Néan­moins le doute reste per­mis : aucune trace de son ordi­na­teur portable et une longue liste d’ennemis due à son activ­ité pro­fes­sion­nelle pour le moins suspecte.

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Si les dif­férents travaux sur les IA ont leur lot de détracteurs et sont loin de faire l’unanimité, il sem­ble évi­dent que quelqu’un de mal inten­tion­né aurait pu vouloir assas­sin­er la vice prési­dente de la GO-AT.

Que s’est-il vrai­ment passé ce soir-là ? Le Dreamwalk­er, saura-t-il rétablir la vérité sur son passé et sur les caus­es de sa mort ? Ça, c’est à vous de décider !

Un aperçu des locaux de la GO-AT.

Un gameplay simple et efficace

Si le game­play de The Sig­ni­fi­er n’a pas de quoi cass­er trois pattes à un canard, il reste néan­moins assez fourni pour offrir une expéri­ence de jeu un peu plus pro­fonde que celle que l’on peut retrou­ver dans un sim­u­la­teur de marche comme Ghost of The Shore ou The Park.

Tout au long de l’aven­ture, vous serez amené à explor­er dif­férentes bribes de souvenirs.

Le joueur évolue sur trois plans : la réal­ité qui per­met de fouiller des lieux, d’interagir avec des per­son­nages sec­ondaires et de faire des choix, les sou­venirs objec­tifs qui sont une retran­scrip­tion plus ou moins fidèle de la mémoire de la vic­time et les sou­venirs sub­jec­tifs offrant une vision davan­tage basée sur les sens et les sentiments.

The signifier

Un sou­venir objec­tif défor­mé par les affres du temps.

Dans cha­cun des épisodes mémoriels de Johan­na que vous allez vis­iter, il fau­dra récolter 4 indices con­tenus dans le décor en alter­nant entre les deux “mon­des” et résoudre les dif­férentes énigmes pour ten­ter de lever le voile sur son passé et sur les véri­ta­bles cir­con­stances de sa mort.

Un sou­venir d’école…

Pour ce faire, vous avez le choix : utilis­er un avatar, jouer avec la dis­tor­sion tem­porelle ou utilis­er des don­nées brutes – des bribes de sou­venirs matéri­al­isés le plus sou­vent sous forme d’objets à replac­er dans le bon con­texte ou plan, comme un puz­zle en somme !

La plu­part du temps trou­ver les dif­férentes infos est assez intu­itif et à tout moment vous avez la pos­si­bil­ité de deman­der des astuces à Evee, une intel­li­gence arti­fi­cielle assez pré­cieuse pour guider le joueur durant l’aventure.

The Signifier : une véritable claque artistique

Vous l’aurez com­pris, si ce titre de Playmes­tu­dio ne se dis­tingue pas for­cé­ment par son game­play – bien que celui-ci soit tout de même orig­i­nal –, sa force réside prin­ci­pale­ment dans sa capac­ité à entretenir un cli­mat dérangeant tout au long des quelques heures de jeu, ce qui n’est pas sans rap­pel­er San­i­tar­i­um, lui aus­si plutôt pesant dans son genre.

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Rêve ou cauchemar ?

Des sons défor­més, des voix étouf­fées, des sou­venirs déstruc­turés et pas tou­jours matéri­al­isés fidèle­ment par l’IA, un décor sou­vent glauque – vis­iter un club BDSM, il y a quand même des expéri­ences plus ragoû­tantes –, et surtout une trame de fond trou­ble lais­sant sus­pecter un passé lourd à porter pour la défunte Johan­na, il y a de quoi per­turber mêmes les joueurs habitués des jeux d’horreur.

Et que peut bien sym­bol­is­er cette cuil­lère géante que l’on retrou­ve qua­si­ment dans cha­cun de ses souvenirs ?

Une cuil­lère géante matéri­al­isée dans l’état objec­tif, serait-ce une faille de l’intelligence artificielle ?

Mais ce n’est pas tout. Des leit­mo­tivs avec une sym­bol­ique assez per­tur­bante, il y en a un paquet dans The Sig­ni­fi­er. Un vis­age avec un masque qui vous suit un peu partout, une mère qui se trans­forme en maîtresse d’école et vice ver­sa, un chien qui sem­ble n’avoir en réal­ité jamais existé voire quelques scènes qui sug­gèrent des abus sex­uels de la part du père… Bref, assez désta­bil­isant tout ça !

Qui plus est, dif­fi­cile de démêler le vrai du faux dans ces con­di­tions, surtout sachant que le con­tenu du plan sub­jec­tif est par­fois plus “réal­iste” que les sou­venirs objec­tifs et que chaque strate n’a pas néces­saire­ment son équiv­a­lent, ce qui pousse le joueur à faire sa pro­pre inter­pré­ta­tion et à en tir­er ses pro­pres déductions.

Un tableau avec ce qui sem­ble être Johan­na quand elle était enfant, un masque sur le lit, et une autre per­son­ne : le père ?

Compte tenu de tout ceci, il sem­ble évi­dent que cer­tains joueurs puis­sent se sen­tir frus­trés ou avoir l’impression de pass­er à côté de l’essence de The Sig­ni­fi­er.

Quand bien même vous prenez la peine de tout fouiller de fond en comble chaque sou­venir, chaque pro­priété et de par­ler à chaque PNJ, ne vous atten­dez pas à avoir des expli­ca­tions limpi­des sur le pourquoi du com­ment.

En effet, quels que soient les choix que vous fer­ez tout au long de l’aventure – réplique de dia­logue, allégeance à telle ou telle fac­tion, vis­ite de lieux, etc. –, The Sig­ni­fi­er gardera sa part de mys­tère et vous dévoil­era une non-fin avec une liste inter­minable de ques­tions en suspens.

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Néan­moins, c’est grâce à ce pari risqué, mais réus­si que Playmes­tu­dio signe un titre unique et à bien des égards une pépite du genre qui ne ferme d’ailleurs pas la porte à la rejouabilité.

Vous ne regarderez plus jamais votre cui­sine de la même façon après avoir joué à The Signifier.


Les +

  • Un univers par­ti­c­ulière­ment pesant, par­fois mal­sain, et ce, du début jusqu’à la fin.
  • Des déci­sions à pren­dre par le joueur influ­ençant le dénoue­ment de l’intrigue.
  • Un titre offrant une rel­a­tive lib­erté, grâce aux dif­férents embranche­ments de dialogue.
  • Un game­play sim­ple, mais atyp­ique alter­nant entre la réal­ité, l’état objec­tif et l’état subjectif.
  • Une direc­tion artis­tique inspirée et inspi­rante autour de la psy­cholo­gie ain­si que de l’intelligence arti­fi­cielle et des prob­lé­ma­tiques qu’elle cause.
  • Beau­coup de doc­u­men­ta­tion sur les IA sous forme de coupures de presse, mag­a­zines, vidéos.
  • Une bonne rejoua­bil­ité et une durée de vie correcte.
  • Une ver­sion en langue française disponible

Les –

  • Un titre poten­tielle­ment éli­tiste et qui ne plaira pas au com­mun des mortels.
  • Des dia­logues qui auraient pu être un peu plus nourris.
  • Une fin un peu rapide.

Note globale de The Signifier Director’s Cut

Peu de jeux vidéo savent laiss­er des sou­venirs impériss­ables, qui plus est avec une durée de vie rel­a­tive­ment courte. Cepen­dant, The Sig­ni­fi­er prou­ve avec brio qu’il y a tou­jours des excep­tions à la règle et dénote par son aura emplie de mys­tère, par ses non-dits, et surtout par la qual­ité de son ambiance pesante. En bref, un thriller psy­chologique inspiré et inspi­rant, dépas­sant par­fois les lim­ites de la bien­séance, mais qui ne lais­sera pas sur leur faim les joueurs désireux de goûter à une expéri­ence vidéoludique o com­bi­en transcendante.


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The Sig­ni­fi­er Direc­tor’s Cut
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Nom du jeu
The Sig­ni­fi­er Direc­tor’s Cut
Nom du jeu
Mac Os
Soft­ware Category
Jeu vidéo horreur
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