La campagne s’est terminée le 21 mai avec 74 146 € récoltés sur un objectif de 50 000 €, pour 1 351 contributeurs. Sur le papier, c’est un succès. En creusant, c’est un peu différent…
Un objectif modeste, atteint sans grande envolée
Fixer la barre à 50 000 € pour la suite d’un CRPG culte chez les amateurs de post-apo soviétique, c’est presque un test grandeur nature. Atom Team a déjà sorti ATOM RPG (2019), Trudograd (2021) et Swordhaven : Iron Conspiracy (2025).
Le studio n’avait pas besoin de Kickstarter pour exister, et il l’a écrit noir sur blanc dans la campagne : ATOM RPG 2 sortira de toute façon. Le financement participatif servait à accélérer, à peaufiner, à débloquer des fonctionnalités que le studio aurait dû sinon repousser.
Le 148 % final raconte autre chose qu’une victoire éclatante. Les paliers à 75 000 € (construction et extension de base) et 100 000 € (gestion avancée de la carte mondiale) n’ont pas été atteints. Pas de beaucoup pour le premier, plus franchement pour le second. Tout ce qui dépassait de l’objectif : le train mobile, les montures, les romances entre les personnages, le doublage anglais, le mode coop, ou le métro souterrain reste à l’état de promesse non financée.
Mais ça reste un signal sain : un studio qui sécurise son projet de base sans surpromettre, dans un genre où la mode est aux Kickstarter à plusieurs millions qui accouchent ensuite de jeux incapables de tenir leurs ambitions, ça mérite d’être souligné.
Ce qui est financé (et c’est déjà beaucoup)
Le périmètre annoncé pour la version “core” reste vertigineux. On parle de 1 225 km² de Terres désolées de la Caspienne en monde ouvert d’un seul tenant, sans écran de chargement, sans carte globale séparée. 35 km sur 35, traversables à pied, en moto, en camion, à cheval. Avec ça : des factions à conquérir, anomalies à explorer, des compagnons qui évoluent et un monde qui réagit aux choix du joueur.
Sur le ton, on reste en territoire connu. Post-soviétique, étrange, brutal, avec cette esthétique de béton craquelé qui faisait déjà l’identité d’ATOM RPG premier du nom.
À quoi s’attendre vraiment ?
1 225 km² d’un seul tenant promis par un studio indépendant multinational (Ukraine, Pologne, Chypre, Lettonie), avec 74 146 € de Kickstarter en supplément de leur trésorerie propre, c’est faisable ? Honnêtement on n’en sait rien. Le studio n’est pas à son coup d’essai. Avec trois jeux livrés, il sait ce qu’il fait.
Atom Team prévoit un accès anticipé fin 2026 puis une sortie complète un an plus tard. C’est court. Très court pour ce qui est annoncé. On surveillera la communication des prochains mois, parce que c’est généralement à ce moment-là que les ambitions se recadrent, ou que les premiers signaux d’alerte arrivent.
Ce que le premier opus nous a appris
Le test qu’on avait fait d’ATOM RPG en son temps concluait sur un avis mitigé. Pas tout à fait l’âme des deux premiers Fallout, mais beaucoup plus de jeu et de mécaniques que Fallout 3 ou 4. Un remake de l’univers Fallout à la russe, avec cette pointe d’ironie qui faisait son charme. Le vrai sel du jeu était dans les détails. On commençait dépouillé par des bandits avec une gourde d’eau pour seul équipement. On évitait les nuages verdâtres et les carcasses de voitures qui irradiaient sans prévenir. On payait pour voir la momie de Lénine si bien conservée qu’elle semblait avoir l’œil ouvert, on organisait des élections à coups de roubles glissés dans les bonnes mains, on buvait de la vodka pour soigner ses blessures quitte à finir alcoolique.
Tout l’humour soviétique du jeu tenait là, pas dans le gameplay.
Les défauts existaient aussi. Les graphismes manquaient d’âme, paradoxe pour un jeu si bien écrit. Les déplacements entre points d’intérêt devenaient répétitifs faute de voyage rapide. La bande-son fade donnait envie d’une radio à la Fallout.
Pour ATOM RPG 2, le studio promet de répondre à tout ça avec un monde d’un seul tenant et des moyens de transport variés dès le début. Reste à voir si cette montée en gamme préserve l’identité du studio, parce que c’est précisément ce qui fait peur.
Le charme du premier ATOM RPG venait de son minimalisme et de son côté fait maison.
Une version industrialisée de la formule pourrait perdre exactement ce qui faisait sa valeur.
Et maintenant ?
Le Kickstarter est fermé, mais la wishlist Steam reste ouverte. Pour les fans du genre, c’est probablement le seul jeu post-apo de 2026–2027 dont on parlera encore dans dix ans, ou qu’on aura oublié. C’est exactement le genre de pari qu’on aime suivre. Rendez-vous fin 2026 pour l’accès anticipé !
