
Depuis quelques années, nos amis félins – et plus particulièrement les chats de gouttière – envahissent le monde du jeu vidéo.
Après Stray et son ambiance cyberpunk en 2022, Little Kitty, Big City et son monde ouvert miniature en mai 2024, découvrons aujourd’hui Copycat, sorti fin 2024.
Publié sous le label Spoonful of Wonder et soutenu par le gouvernement australien via Screen Australia, ce projet indépendant a bénéficié du concours de Neverland Entertainment et Nuuven Inc pour son édition. Une genèse qui en dit long sur l’ambition du titre : proposer une expérience narrative intimiste et personnelle, loin des productions AAA. Et le pari semble réussi : sorti sur Steam en 2024, le jeu a été très bien accueilli avec plus de 50 000 exemplaires écoulés.
Un titre pour nous plonger dans une expérience narrative émouvante, centrée sur des thématiques comme l’attachement, l’abandon, et surtout ce qu’implique réellement l’adoption d’un animal de compagnie.
Mais à quoi faut-il réellement s’attendre : à un pamphlet larmoyant ou au contraire à quelques heures de jeu sincères réveillant en chacun d’entre nous notre côté empathique ?

Vous êtes « un chat de remplacement »
Vous incarnez Dawn un chat de refuge qui a connu plus de familles d’accueil qu’utilisé de vies. Ballotté d’un foyer à l’autre, ce matou blasé et abonné aux refuges se fait adopter par Olive, une vieille dame seule et malade. À la suite d’une hospitalisation, cette dernière a perdu son chat, la vraie Dawn qui s’est évaporée dans la nature. Vous n’êtes donc qu’une remplaçante, une doublure destinée à combler un vide. Charmant programme, n’est-ce pas ?

Rapidement, on prend ses marques et un malin plaisir à jouer notre rôle de félin récalcitrant. Au début, la méfiance règne : on feule, on griffe la pauvre Olive, on chaparde la nourriture sur la table et on retourne la maison. Après tout, on est un chat sauvage, pas une peluche ! L’appel de la nature se fait pressant. Mais voilà que, peu à peu, on s’attache à Olive, finalement la vie de chat de maison n’est pas si mal… La gamelle est toujours pleine, on est bien au chaud et en bonne compagnie.

Un jour c’est le drame. Olive fait un malaise, sa fille débarque et – sans ménagement – vous fiche dehors comme une malpropre. Manque de chance, la vraie Dawn traîne dans les parages et s’empresse de reprendre sa place. L’usurpatrice usurpée, en somme ! Comment récupérer votre maison ? Comment survivre dans la nature hostile ? Et surtout, qui est vraiment l’imposteur dans cette histoire ?

Un gameplay plutôt minimaliste
Le jeu alterne entre des séquences narratives « contemplatives » et des introspections « Pourquoi la vie est-elle si injuste ? » « Qu’ai-je fait à Olive, pourquoi ne veut-elle plus de moi ». S’ajoutent à cela des apartés instructifs façon documentaire animalier : « Les chats sauvages sont réputés pour leur agilité. Ils peuvent sauter jusqu’à 6 mètres horizontalement et jusqu’à 3 mètres verticalement. » Intéressant, certes, mais on se demande parfois si l’on joue ou si l’on a droit à un cours magistral sur félins. Le tout est ponctué de séquences oniriques où Dawn se transforme en panthère telle une reine de la savane. Bien pensé, mais pas révolutionnaire.

Côté action, on a droit à quelques mini-QTE : combats de chats, course poursuite avec des chiens, esquive d’humains hostiles… Rien de bien méchant, ni de bien exigeant d’ailleurs. Vous ratez un QTE ? Pas de panique, le scénario suit son cours. Cette absence de conséquence finit par priver le jeu d’une note d’originalité qui aurait été plus que bienvenue. L’effet surprise reste assez limité.

Des choix restreints à l’image du game play
Les jeux narratifs qui se veulent immersifs offrent le choix au joueur. Ici, hormis choisir la couleur et le modèle du collier de votre matou ou personnaliser son apparence au début de l’aventure, le parcours reste étonnamment linéaire. Vos décisions – quand décisions il y a – semblent n’avoir aucun impact réel sur le déroulement de l’histoire. Même les QTE ratés ne changent rien. Alors oui, les jeux contemplatifs ont leur place, mais on reste un peu sur notre faim.

On a davantage l’impression d’une « fable moralisatrice » que d’un jeu vidéo à proprement parler. Le message ? Adopter un animal est une responsabilité énorme, ne le faites pas pour combler un vide affectif, un chat vit longtemps donc si vous êtes malade ou âgé réfléchissez‑y à deux fois, les félins ont une sensibilité blabla… Le propos est juste, mais le ton parfois un brin donneur de leçons. J’ai eu d’ailleurs une impression de déjà vu comme dans le manga Chats des rues : si j’ai adoré les premiers épisodes, j’ai rapidement décroché face à ce côté « donneur de leçon » qui a fini par me lasser.
Sympathique, mais pas inoubliable
Pour un jeu développé sans grande prétention – on dit qu’il aurait été codé en un week-end, ce qui expliquerait bien des choses – c’est plutôt pas mal. On parvient à créer un lien émotionnel sincère avec Olive et Dawn, à compatir à leurs malheurs respectifs. Comme le souligne justement la page Steam, c’est le jeu idéal pour une après-midi pluvieuse, emmitouflé sous un plaid avec un thé fumant. Il plaira sans nul doute aux âmes empathiques et aux amoureux des chats.

Le côté « exploration urbaine » a son charme, tout comme le dilemme moral sous-jacent : finalement, qui mérite vraiment sa place dans la maison d’Olive ? Peut-on réellement blâmer cette vieille dame esseulée de chercher un peu de compagnie ? (Bon, son geste à l’acte 2 est franchement indéfendable, on vous l’accorde.) Mais voilà, Copycat n’est pas un titre qui laisse un souvenir impérissable.
Quelques captures d’écran de Copycat













