i have no mouth but i must scream

I Have no Mouth and I Must Scream : notre test

Dernière mise à jour:
I Have no mouth but i must scream
Date de sortie
31 octo­bre 1995
Développeur
The Dream­ers Guild
Édi­teur
Cyber­dreams, et DotE­mu sur iOS et Android
Plates-formes
PC, iOS, Android
Caté­gories
Point’n’click, aven­ture, horreur
Notre score
5

Autant vous prévenir dès main­tenant, I Have no Mouth and I Must Scream n’est sûre­ment pas le jeu à lancer pour pass­er une soirée amu­sante. Cepen­dant, si comme nous sur Cul­ture Under­ground, vous êtes du genre à être pas­sion­né par les œuvres qui sor­tent des sen­tiers bat­tus, alors restez un peu, car vous allez être servi dans cet article !

I Have no Mouth and I Must Scream est une relique datant de 1995, adap­tée de la nou­velle éponyme d’Harlan Elli­son. Celle-ci s’installe dans un con­texte de guerre durant lequel, l’humanité dépassée par un con­flit mon­di­al trop com­plexe a mis au point une intel­li­gence arti­fi­cielle cen­sée les aider, nom­mée Allied Mas­ter­com­put­er, ou A.M durant tout le jeu.

Mais à la suite d’une prise de con­science soudaine, trop intel­li­gente et prenant pleine pos­ses­sion de son exis­tence, AM détru­isit toute forme de vie humaine. À l’exception de cinq per­son­nages. Eux sont gardés comme cobayes depuis 109 ans par la bête, ne vivant que pour subir les affres de ses désirs mal­sains. Ce sont leurs his­toires que nous vivons dans I Have no Mouth and I Must Scream, un point’n’click de sci­ence-fic­tion hor­ri­fique et psychologique.

Un jeu de psychopathe

Alors oui, nous sommes bien loin de l’image idéale véhiculée en ce moment par les pro­grès de notre époque en matière de arti­fi­cial intel­li­gence (IA). A.M déteste lit­térale­ment l’humanité et éprou­ve une haine sans com­mune mesure pour celle-ci. Son petit plaisir, n’est autre que de sup­plici­er les cinq derniers représen­tants de l’e­spèce humaine, en les plongeant cha­cun leur tour dans une dimen­sion tail­lée sur mesure selon leurs peurs.

C’est à tra­vers elles, et ces cinq niveaux, que nous sommes plongés afin de résoudre les enquêtes tor­dues de A.M. Et croyez-moi, nous allons de sur­prise en sur­prise. Le déroule­ment des intrigues de I Have no Mouth, and I Must Scream est à la mesure des his­toires tor­turées des cinq pro­tag­o­nistes, Ben­ny, Gor­ris­ter, Nim­dok, Ellen et Ted.

I Have no Mouth and I Must Scream : pilier de la haine

Le pili­er de la haine, votre cadeau de bien­v­enue d’A.M peu après le début de l’histoire. 

Car tous ont un un passé chao­tique, trau­ma­ti­sant, et des blessures par lesquelles A.M s’amuse avec sadisme.

  • Gor­ris­ter l’ancien routi­er, ne rêve que de se sui­cider, et a été séparé de sa femme envoyée en psychiatrie.
  • Ellen, est le per­son­nage d’une femme meur­trie par le viol, et depuis pho­bique de la couleur jaune, qu’A.M ne cessera d’utiliser pour la harceler.
  • Ted est un para­noïaque et un manipulateur.
  • Nim­dok, n’est autre qu’un nazi et sci­en­tifique ayant proféré des expéri­ences hor­ri­bles avant de per­dre la mémoire.
  • Enfin Ben­ny, était un homme char­mant, qu’A.M a trans­for­mé en homme simiesque hideux et dimin­ué, en plus d’être son souf­fre-douleur favori.

Enten­dez plutôt la voix de A.M lorsqu’il s’adresse à son sujet « par­fois je t’aveugle et je te laisse errer, comme un insecte sans yeux, dans un monde de mort, et par­fois je te rac­cour­cis le bras pour que tu ne puiss­es pas grat­ter ton affreux pif », une grande poésie. Cinq des­tins que rien ne rassem­ble au départ, liés dans les ténèbres.

I Have no Mouth and I Must Scream Bonny

On ne sait pas vrai­ment pourquoi A.M tire tant de plaisir à tor­tur­er Ben­ny. Mais à ce niveau, c’est presque de l’amour !

Une horreur scénaristique beaucoup plus fine qu’en apparence

Vous pou­vez déjà éprou­ver du dégoût et du rejet à lancer I Have no Mouth, and I Must Scream. Le jeu va pour­tant encore beau­coup plus loin que le sui­cide, le viol, la tor­ture, touchant du doigt le sac­ri­fice humain, le géno­cide, et ne taris­sant pas d’inspiration pour pro­pos­er au joueur des sit­u­a­tions tou­jours plus dérangeantes.

Ben­ny est par exem­ple con­stam­ment poussé au can­ni­bal­isme par A.M, tirail­lé par une faim qu’il ne peut assou­vir, en plus d’avoir les ten­dons d’Achille sec­tion­nés. Car, inca­pable de se nour­rir des fruits d’un vil­lage sans vom­ir du sang dans une douleur atroce, il devra résis­ter à la ten­ta­tion de se tourn­er vers la chaire de ses sem­blables, en lais­sant au joueur la vision et le choix de dévor­er vivant un nour­ris­son à pleines dents.

I Have no Mouth, and I Must Scream : Benny

Affamé par A.M, mais inter­dit de se nour­rir sous peine de cracher des gerbes de sang. Un sup­plice comme un autre pour les derniers humains sur­vivants dans I have no mouth, and I must Scream. 

Mais alors pour­tant, n’y voyez pas un défer­lement gra­tu­it de cru­auté et de voyeurisme à out­rance. Ce serait bien se mépren­dre au sujet de I Have no Mouth, and I Must Scream qui, bien au con­traire, brille par le génie et le soin de sa nar­ra­tion. Le par­cours et les issues de cha­cun des per­son­nages est haute­ment métaphorique, et per­met dif­férents axes de lec­ture pour le joueur faisant l’effort de creuser un peu les sym­bol­iques approchées.

Vous avez d’ailleurs, dif­férentes façons de ter­min­er un niveau, et même deux fins disponibles pour I Have no Mouth, and I Must Scream. Selon vos choix et votre aligne­ment, vous pou­vez résoudre les dif­férents psy­chodrames du jeu, soit en choi­sis­sant de som­br­er dans la faib­lesse des per­son­nages soit en y faisant face. C’est en quelque sorte, le leit­mo­tiv de I Have no Mouth, and I Must Scream.

En con­trepar­tie, il existe de nom­breux moyens de frus­tr­er la volon­té de A.M, son­nant par la même occa­sion la fin de votre par­tie. Enten­dez bien que I Have no Mouth, and I Must Scream est un jeu à l’ancienne, et que par con­séquent, le sys­tème de pro­gres­sion est quelque peu archaïque. Il fau­dra ain­si régulière­ment jon­gler entre vos sauve­g­ardes pour vous dépa­touiller d’un cul de sac scé­nar­is­tique ou d’une fin abrupte. Un défaut pour cer­tain, mais face à la qual­ité du titre, j’y voy­ais per­son­nelle­ment une occa­sion de gag­n­er une bonne re joua­bil­ité à la recherche des dif­férentes issues scénaristiques.

Un chef d’œuvre narratif

Venant en enfin au point qui, selon moi, fait de I Have no Mouth, and I Must Scream un jeu tout à fait hors du com­mun, celui de sa réal­i­sa­tion. Déjà, le jeu a été pen­sé par un auteur, Har­lan Elli­son, qui a été jusqu’à porter sa voix à A.M dans la ver­sion orig­i­nale en plus de son écri­t­ure. Le résul­tat est tout bon­nement épous­tou­flant. La folie est présente dans l’intonation de A.M, et cette intel­li­gence arti­fi­cielle psy­cho­tique, mis­an­thrope et per­verse est absol­u­ment con­va­in­cante. Sans dépréci­er le tra­vail de l’auteur orig­i­nal, même la VF d’A.M, relève du pur génie et le tra­vail de tra­duc­tion a été réal­isé aux petits oignons. La direc­tion artis­tique est elle aus­si de haute volée. Pour un météore datant de 1995, I Have no Mouth, and I Must Scream est encore une claque et un très beau point’n’click.

Les cinq niveaux offrent de sur­croît des envi­ron­nements tra­vail­lés et var­iés. Gor­ris­ter et son dirige­able Steam­punk jonché de cadavres en putré­fac­tion, Ted et son épreuve dans la salle des ténèbres, sont des lieux par­ti­c­ulière­ment mar­quants, et c’est à chaque fois une sur­prise de démar­rer une nou­velle aven­ture. Le tout baigné par une bande son totale­ment han­tée et lugubre qui vous frappe instan­ta­né­ment, qui bien qu’étant tout sauf joyeuse, colle par­faite­ment à l’ambiance macabre et désolée qui émane du titre.

Gorrister I Have No Mouth, and I Must Scream

Le jeu est glob­ale­ment très beau et inspiré. 

Si l’on creuse davan­tage, on peut reprocher à ce Have no Mouth, and I Must Scream, cer­tains prob­lèmes récur­rents dans les point’n’click, comme une cer­taine rigid­ité dans le déplace­ment du per­son­nage entre les dif­férents tableaux et quelques bugs. Il arrive aus­si que par­fois, cer­taines énigmes soient bien traîtresses.

Com­bi­en de temps et d’allers retours, pour finale­ment se ren­dre compte dans le scé­nario de Gor­ris­ter, qu’il était néces­saire de repér­er et ramass­er une fourchette de trois pix­els tombés par terre, pour finale­ment court-cir­cuiter un moteur avec celle-ci et entamer un atter­ris­sage. Rien de bien méchant, mais si vous vous lancez dans l’aventure sans soluces, comptez quelques cafés et une bonne durée de vie !

I Have No Mouth, and I Must Scream cuisine

Allez‑y. Dites-nous en com­men­taire si vous avez trou­vé la fourchette dans ce tableau !

I Have no Mouth, and I Must Scream, un titre hors norme

Avec un tel CV, il n’est pas éton­nant que Have no Mouth, and I Must Scream ai subi les affres de cer­tains mani­aques de la cen­sure, ôtant le per­son­nage de Nem­dok dans les ver­sions en langue française et alle­mande pour des raisons poli­tiques et his­toriques. Un choix regret­table, qui ne sur­prend qu’à moitié, compte tenu du car­ac­tère très rasoir du titre. Have no Mouth, and I Must Scream est un jeu vidéo trop imposant, et c’est d’ailleurs ce qui lui aura coûté un suc­cès plutôt dis­cret à sa sor­tie et une pop­u­lar­ité con­fi­den­tielle, en dépit de ses qual­ités évidentes.

I Have No Mouth, and I Must Scream

L’écran titre du jeu, sans le per­son­nage de Nemdok.

i have no mouth but i must scream
I Have no Mouth and I Must Scream : notre avis
Pour con­clure
Alors, que dire de plus au sujet de ce Have no Mouth, and I Must Scream, hormis que le titre dans son ensem­ble fut pour moi, une véri­ta­ble claque ? Je ne m’attendais pas à un tel voy­age en me plongeant dans ce derelict de bien­tôt 30 ans, sem­blant hors du temps. Éli­tiste, puis­sant, décon­te­nançant, ce n’est évidem­ment pas un jeu fait pour tout le monde compte tenu des thé­ma­tiques abor­dés. Mais si vous en êtes sen­si­bles aux œuvres entières et sen­sa­tion­nelles, alors I Have no Mouth, and I Must Scream est une expéri­ence à côté de laque­lle vous ne pou­vez pas pass­er. Très, très loin de bon nom­bre de pro­duc­tions vides et tape à l’œil que l’on trou­ve aujourd’hui.
Les +
Une atmo­sphère surréaliste
Le dou­blage de A.M, sensationnel
La var­iété des décors
Le scé­nario, glauque, cap­ti­vant, soigné
Des his­toires offrants plusieurs lectures
Une œuvre entière
Les -
La cen­sure
Quelques énigmes capricieuses
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