Longtemps associée au documentaire, au cinéma d’auteur et aux formats culturels, ARTE développe aussi, plus discrètement, une branche de jeux vidéo indépendants. Une ligne éditoriale pensée pour mettre en lumière des pépites vidéoludiques plutôt que comme du divertissement de masse. On a testé l’un de leurs prochains projets sur le stand de la Paris Games Week 2025 : Tom the Postgirl, un point-and-click narratif développé par le studio suisse Oopsie Daisies. Exactement le type d’ovni qu’on ne voit pas ailleurs.
Une factrice trop curieuse (si ça vous dit)
Dans Tom the Postgirl, on incarne Tom, une factrice chargée de livrer des colis dans un village isolé. Mission banale en apparence, mais avec une particularité : Tom est curieuse. Vraiment curieuse. Elle aime regarder par les fenêtres des habitants, ouvrir les colis qu’elle est censée livrer, observer ce qu’elle ne devrait peut-être pas voir.
C’est cette mécanique qui structure tout le gameplay. À chaque livraison, le choix nous appartient : effectuer son travail ou se laisser tenter par curiosité. Jeter un coup d’œil indiscret ou non. Fouiller ou passer son chemin. Chaque décision révèle des fragments d’histoire sur ce village étrange et ses habitants aux comportements ô combien douteux.
Le gameplay est volontairement minimaliste : on marche, on clique, on fait des choix binaires. Tout repose sur la narration et l’atmosphère. « C’est surtout un jeu d’aventure, d’exploration narrative. On a toujours le choix de regarder ou pas, et en faisant ça, on découvre progressivement cet univers un peu bizarre », nous explique-t-on.
Le titre est un mélange improbable : une esthétique enfantine qui rencontre un conte noir européen. Ou comme le résume l’équipe elle-même : « Moi j’aime bien le comparer à Gravity Falls, un truc un peu spooky-creepy, mais cute aussi. Un design très rigolo, très enfantin, mais dans un univers plus mature. »
Du noir, du blanc et du rouge
Le parti pris visuel frappe immédiatement : un décor noir et blanc quasi intégral, avec des touches de rouge très vives : les vêtements de Tom, sa brouette à lettres et aussi des éléments clefs de l’intrigue. Un minimaliste qui crée à la fois un climat de tension nourrissant le contraste entre l’apparence innocente du game design très enfantin et le malaise latent de l’univers.
Simple et finalement, mémorable. Exactement le genre de signature visuelle qui marque même après cinq minutes de démo. On comprend vite la ligne éditoriale d’ARTE : pas de jeux à gros budget, mais des expériences singulières, artisanales, avec une vraie proposition artistique assumée.

La stratégie « jeu d’auteur » d’ARTE
ARTE reçoit chaque année entre 200 et 300 projets de studios indépendants européens. Seuls quelques-uns sont retenus pour un accompagnement en coproduction et édition. Les critères sont stricts : l’accompagnement cible des studios indépendants de petite à moyenne taille, portés par des équipes européennes (français, allemands, suisses principalement), avec des titres narratifs originaux et des univers avec un réel cachet.
« On fait des jeux d’auteurs, au même titre qu’on fait des films et séries d’auteurs. Des jeux plus proches de l’artisanat que de la création de masse ». L’objectif : créer des expériences dont on se souvient. Des jeux qu’on évoque en disant « ah oui, je me souviens de celui-là ».
Démocratiser le « jeu d’auteur »
Particularité importante pour un média de service public : ARTE veut rendre le jeu d’auteur accessible au plus grand nombre. Concrètement, chaque production propose systématiquement une version gratuite – démo ou premiers chapitres jouables – sur arte.tv, leur plateforme native.
« En tant que service public, c’était important d’avoir cette option gratuite pour démocratiser l’accès, permettre aux gens qui ne sont pas sur Steam d’y accéder », explique l’équipe. L’objectif : casser la barrière d’entrée économique et technique qui sépare souvent le public du jeu indépendant de niche.
Les jeux sont ensuite publiés sur Steam (PC/Mac systématiquement) et parfois sur consoles (Switch, Xbox selon les projets).
Better World : manipuler l’Histoire
ARTE ne s’arrête pas à Tom the Postgirl. Parmi les projets mis en avant à la PGW : A Better World, développé avec le studio lillois Ludogram. Le jeu propose de manipuler l’Histoire via une entreprise capable de modifier le passé pour créer des réalités alternatives.
« C’est un jeu inspiré d’un autre jeu de choix narratifs, très narratif où on manipule l’histoire, on fait des choix et on change le cours du temps ». Dans cette version augmentée, le joueur incarne un employé de la Better World Company qui doit gravir les échelons en remplissant des objectifs. Au programme des choix moraux avec des conséquences sur la suite de l’histoire sous fond de découverte progressive du lore de l’entreprise. Le titre est disponible depuis le
18 novembre 2025 sur Steam.
Cinq à six jeux par an
ARTE présente généralement cinq à six projets par an, à différents stades de production. La chaîne participe généralement à la Paris Games Week et à la Gamescom afin de mettre en avant ces « pépites » auprès du grand public.
« Cette année on en a six qu’on met en avant, certains sortent dans un mois, d’autres l’année prochaine. L’idée c’est de leur donner de la visibilité avant la sortie. »
Verdict après quelques minutes de jeu
Tom the Postgirl ne cherche pas à impressionner techniquement. Il cherche à intriguer narrativement. Et ça fonctionne. C’est lent, étrange, presque contemplatif, mais on a envie de continuer juste pour comprendre ce qui cloche dans ce village.
Si vous aimez les jeux narratifs à forte ambiance, les expériences weird/creepy cute, les productions indépendantes européennes avec une vraie patte artistique, vous pouvez d’ores et déjà le mettre dans votre liste de souhaits !
Sortie annoncée : horizon 2026 sur Steam et arte.tv.
Tom the Postgirl : le trailer sur la chaîne GameTrailers
Pour aller plus loin :
- La fiche de Tom the Post Girl sur le site d’ARTE : https://www.arte.tv/digitalproductions/tom-the-postgirl
- Les jeux ARTE sur Steam : https://store.steampowered.com/search/?publisher=ARTE%20France


